L’air de rien, nos amis danois de chez Nobilis Rum semblent mener leur barque avec une belle constance. Nous en sommes déjà aux releases #56 et #57, une étape qui témoigne d’une remarquable régularité pour une aventure débutée en 2020 avec le release #1… un Guyana MEC justement, tout comme le #57 qui nous intéresse aujourd’hui. Une jolie façon de boucler la boucle, en quelque sorte.
Au fil des années, Nobilis a ainsi constitué un catalogue de près de soixante embouteillages couvrant un large éventail de provenances. Du Guyana à la Jamaïque, en passant par Trinidad, la Guadeloupe, la Barbade, Sainte-Lucie, les Fidji ou encore l’Équateur, l’embouteilleur danois a multiplié les escales et les découvertes. À cela s’ajoute une belle diversité de distilleries, de marks et de styles, permettant aux amateurs d’explorer des profils parfois très différents d’une bouteille à l’autre.
S’il y a un fil conducteur dans cette aventure, c’est sans doute la volonté de proposer des rhums les plus authentiques possible : embouteillages souvent à brut de fût ou à des degrés élevés, sans réduction excessive ni interventions superflues venant altérer le caractère du distillat. Une philosophie qui séduit les amateurs de sensations fortes comme ceux à la recherche d’expressions fidèles à leur origine…. mais qui pourra refroidir certains « palais faibles » comme le mien, cherchant plus l’équilibre. Il en faut pour tout le monde.
Au final, il y en a un peu pour tout le monde chez Nobilis. À une condition toutefois : ne pas être trop intimidé par les rhums qui flirtent régulièrement avec les 60 % d’alcool… voire les dépassent allègrement !
Pour ceux qui nous intéressent aujourd’hui, deux profils bien différents seront dégustés, premièrement un bon gros Dark Demerara Rum de 34 ans d’âge, un MEC de 1992 qui me fait évidemment penser à celui sélectionné avec Hubert à l’époque…. Si on est de ce niveau, ça va être top, nous verrons ce que les 6 années de plus lui auront apporté ou retiré.
De l’autre côte, un sale gosse de la Jamaïque, un Hampden brut de fût de 13 ans d’âge, principalement vieilli en Europe… lui, je le regarde du coin de l’oeil avec un peu d’appréhension, je ne suis pas loin de lâcher mon classique « moi je l’aurais réduit« , et ça rien qu’en voyant le sample 🙂 Mais ne jugeons pas avant de l’avoir dégusté, car comme dirait le cousin italien de Roger, le responsable cuisine du blog: « Ma, noli jugare avant-propos, capisci ?! «

#57 Guyana 1992 | 34 Years | 56.4%
Embouteillé à l’occasion du 15e anniversaire du German Rum Fest 2026 et sélectionné en collaboration avec Stefan et Kevin, ce Nobilis Rum #57 est sans doute l’une des sorties les plus prestigieuses de l’histoire de la maison danoise. Distillé en 1992 chez Enmore au Guyana sur le mythique alambic en bois Versailles (MEC), il incarne l’un des styles les plus emblématiques de la tradition des rhums Demerara.
Après sa distillation (et sa coloration j’imagine), le rhum a été transféré en Europe où il a bénéficié d’un vieillissement continental intégral de 34 ans, et embouteillé brut de fût à 56,4 %, ce fût n’a donné naissance qu’à 230 bouteilles.
Nez
Assez sombre, on va retrouver pas mal de fruits secs torréfies, de mélasse bien réglissée, de pruneaux, de cuir, de caramel avec un boisé assez gourmand où l’on va faire face à un gros chocolat noir amer, des feuilles de tabacs, un côté sous-bois, du camphre et la chicorée.
Le côté végetal semble assez marqué ici, la réglisse et chicorée sont bien présente avec un amertume modérée mais marquée, des notes toastées viennent ensuite pour terminer sur le café serré et les épices dont la muscade entre-autres.
A l’aération, le camphre, des notes de cola, de cassis et d’agrumes viennent rafraichir le tout…. Y’a pas à dire, c’est un bon gros MEC, mais faudra pas être allergique à la réglisse 🙂
Bouche
De fait, bon gros Versailles bien collant et plaquant avec une amertume assez marquée sur le boisé et la chicorée, on va encore retrouver pas mal de cuir, de chocolat noir amer, des dattes, la muscade et autres figues englobées de mélasse et de caramel.
Ensuite, la café bien serré, le camphre qui vient légèrement aérer le bazard et cette chicorée décidément bien marquée dans cette version. Le côté métallique des Versailles et autre Port Mourant arrive en fin de bouche et rappelle bien d’où vient ce rhum.
Enfin, les 56% d’alcool évitent de tomber dans l’excès de tout et apporte le peps et une longueur très chouette…sans détruire le palais.
Prix
429€
Conclusion
Très chouette Versailles bien typique, peut-être un chouia trop marqué par la réglisse… cela n’est pas dérangeant, mais ici ça prend assez bien de place et il faut en être conscient.
Sinon, ha oui merde… le tarif 🙂


