Rhum

Appleton Estate Hearts Collection

Lorsque le nom Appleton Estate surgit quelques part, tout amateur de rhum saura directement que l’on parle là de qualité, savoir faire et de souvenirs… en effet, rare sont les gens à n’avoir jamais dégusté un de leurs rhums. Pour peu que vous ayez déjà passé du temps avec du rhum en tous cas, ce que j’imagine être la cas vu que vous êtes ici.

Appleton est en effet une des plus grandes et plus connues distilleries de rhum au monde. Avec pas moins de 200.000 fûts en stock, c’est juste le stock de rhums vieux le plus conséquent de la planète. Imaginez un peu la taille des chais et le job master blender 🙂

Tout le monde a déjà vu les bouteilles de la marque et tout le monde a déjà dégusté un de leurs rhums en cocktail ou pur. Que cela soit un réserve 8 ans, leur 12 ans, le 21 ou pour les plus chanceux un 30 ou même 50 ans.

Car oui, Appleton est aussi la seule distillerie au monde à avoir proposé un rhum âgé sous les tropiques durant 50 ans !

Du rhum blanc overproof typique de la Jamaique au plus vieux rhum au monde, il y a de quoi trouver son plaisir dans cette gamme plus que complète, issue de distillation en colonne et pot still.

Il ne manquait qu’une seule chose en fait, un rhum vieux à haut degrés et 100% Pot Still… et bien entendu, c’est ce dont je vais vous essayer de vous parler ici.

Et qui donc que notre ami Luca Gargano pouvait tenter de convaincre le groupe Campari et Joy Spence (master blender d’Appleton) de proposer ce genre de produits ? Probablement d’autres, mais c’est le seul qui a réussi en tous cas 🙂

Résultat, Luca et Joy se sont rencontrés en 2019 afin de sélectionner ce qui allait devenir la « Hearts Collection » d’Appleton, 3 millésimes provenant tous d’une distillation 100% pot still à des degrés légèrement réduits.

On parle tout de même de 60 à 63%, ça reste quelque chose d’assez lourd et pas toujours facile d’accès.

Dernière chose, deux Marks différents sont ici présentés en trois bottlings… Spoil alert, le 94 et le 99 sont issus du même mark.

Et comme Luca est une personne très passionnée et généreuse, une très belle opération marketing aura été lancée en proposant un superbe presskit à différents journalistes/bloggueurs/passionnés. Le tout agrémenté d’une e-masterclass avec Joy et Luca ! Encore une fois, énoooooorme merci pour le geste, c’est un truc de fou une fois de plus !

Appleton 1994-2020 (60%)

Nez

Orange, vanille, gingembre, café, bois, résine, pomme, coco… Le rhum semble hyper concentré, collant littéralement au verre. Cela laisse présager de quelque chose de lourd en bouche en tous cas !

On passe tour à tour du gros boisé au caramel hyper gourmand avec un détour plus fruité. Le côté bourbon est assez présent aussi et nous apporte une très grosse dose de gourmandise.

Superbe nez, où les 60% sont hypers biens fondus.

Bouche

La bouche est tout aussi gourmande que le nez ne semblait le présager. C’est très gras, collant avec une trame bien boisée, sur l’orangette, la pâte d’amande, le miel, le tabac, le caramel et une belle marmelade anglaise.

C’est très riche, avec une amertume pas trop dérangeante mais bien présente en fin de bouche.

Finale qui pourrait proposer plus de choses d’ailleurs, c’est très bien mais cela s’efface peut être un peu trop vite, surtout quand on voit la concentration qu’il propose. Dommage pour ce petit bémol.

Prix

+-240€

Conclusion

Très gourmand, belle intégration de l’alcool et un boisé très présent mais qui ne tire pas encore sur le jus de bois 🙂

Et cette concentration… C’est ce que je retiens clairement le plus de ce millésime, une seule goutte suffit à mettre en émoi tout le palais.

Note

87/100

Appleton 1995-2020 (63%)

Nez

Ici le nez semble étrangement plus doux que le 1994 alors qu’il titre tout de même 3% en plus.

Par contre, le bois est en force dans cette version, c’est le moins que l’on puisse dire. En fait, on est dans le même registre que la version précédente mais avec une impression de lourdeur, comme si on avait parsemé de la poudre au chocolat noir sur le tout.

Pour le reste, on y retrouve encore cette orangette, cette vanille bourbon, quelques fruits exotiques, pas mal de fruits secs et une légère trace de colle… le tout en étant vraiment très pâtissier et doux.

Bouche

Les premières impressions découvertes lors l’étape précédente se retrouvent ici bien confirmées, c’est vraiment un rhum pour le fanas de trucs bien bien boisés.

Après il n’y a évidemment pas que cela, on parvient à retrouver cette belle orange typique, du boisé, de l’amande grillée, du chocolat noir, du boisé, des fruits secs, du boisé et quelques traces de tabacs, mais c’est clairement le bois que l’on retiendra de cette version. Je l’ai déjà dis ?

Prix

+-240€

Conclusion

Bon, je ne suis traditionnellement pas ultra fan de rhum très boisé, hormis quelques exceptions, j’avoue qu’ici j’ai un peu de mal tant ce boisé est présent et lourd.

Je sais qu’un rhum vieux sous les tropiques va clairement être marqué mais ici je pense qu’on a juste dépassé la date limite d’embouteillage en fait.

Dommage car il semble y avoir vraiment pas mal d’autres choses à dire, mais je suis de ceux qui pensent qu’un rhum à qui il faut 7 jours pour s’ouvrir n’est pas nécessairement une qualité 🙂

Note

83/100

Appleton 1999-2020 (63%)

Nez

Dans cette version, le profil semble plus résineux, avec des traits plus médicinaux en fait.

Le trame est toujours sensiblement la même, à savoir orange, caramel, gingembre, boisé, toasté, grillé mais avec une certaine fraicheur assez marquée et un côté cerise confite.

Comme l’a fait remarquer Nico, on est pas loin de la baie de genièvre. Cela me fait un peu penser à certains aspect du worthy park 2007 de la compagnie des Indes. Les fruits secs sont également de la partie et apportent une légère trace amère.

Les 63% sont plutôt bien intégrés, chose que l’on peut aisément dire des trois versions.

Bouche

La bouche est dans le même registre, avec une belle touche caramélisée, toastée et fruitée.

L’orange prend encore pas mal de place ainsi qu’un gros boisé, mais nettement moins que dans la version de 1995.

Ce boisé grillé fait place à la réglisse, le chocolat noir amère et le tabac, le tout avec une buvabilité déconcertante…

Prix

+-240€

Conclusion

Version plus atypique de part cette baie de genièvre qui apporte pas mal de fraicheur, cette version est dans le même registre que les deux autres dans les grandes lignes.

Toujours cette écorce d’orange et cette trame boisée/grillée, même si on retrouve peut être un peu plus d’acidité ici.

Note

85/100


Conclusion

Que penser de cette série ? Indéniablement, la qualité est présente. On retrouve clairement le profil Appleton avec cette belle orange présente dans les 3 millésimes. Ce qui parait au final plutôt logique mais bon 🙂

La trame de ces trois rhum est plutôt la même, les années et le marks amèneront quelques différences marquées bien sur mais cela reste 3 profils plutôt proches, même si ils gardent chacun leur propre identité.

Pour tout geek du rhum, cette dégustation est un chouette moment car cela nous permet de voir une facette plus brute de cette distillerie Jamaïcaine traditionnellement bien plus consensuelle.

Après, est ce 3 merveilles ? Cela restera à l’appréciation de chacun, mais je n’en suis pas certain même si j’ai un net penchant pour le 1994 personnellement… Mais dans tous les cas, cela reste quelque chose d’unique car il ne serait pas prévu de réitérer l’opération dans un futur proche.

C’est donc la seule chance d’être en présence de ce visage plus sombre de la célèbre distillerie…

Merci Luca et Joy !

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