Pour tout amateur de spiritueux, évoquer la Jamaïque revient immédiatement à imaginer des rhums de caractère, riches en arômes et bien ancrés dans l’histoire. C’est précisément au sud de cette île sympathique, au cœur de la paroisse de Clarendon, que se dresse une distillerie plus « timide » par rapport au très geek Hampden et Long Pond et à la locomotive qu’est Appleton, je parle bien entendu de Clarendon ! Si la production de mélasse et de rhum y est une tradition locale depuis le XVIIIe siècle, la distillerie moderne de Clarendon telle qu’on la connaît s’est structurée à partir de 1949, devenant aujourd’hui un pilier de l’économie du rhum sur l’île.
Clarendon est ce que l’on appelle une distillerie « deux-en-un », où cohabitent de manière intéressante deux mondes que tout oppose. D’un côté, elle incarne la modernité industrielle absolue. Équipée depuis 2009 d’une gigantesque triple colonne de distillation entièrement informatisée, l’usine tourne à plein régime pour fournir des millions de litres d’alcool léger aux géants de l’industrie, à commencer par le groupe Diageo pour sa célèbre marque Captain Morgan ou encore pour le rhum Myers…. rien de ouf pour nous.
Mais à seulement quelques mètres de cette usine se cache le petit trésor des passionnés : l’ancienne distillerie de 1949. C’est ici, sous des toits de tôle, que le temps semble s’être arrêté. Clarendon y perpétue la plus pure tradition jamaïcaine grâce à deux imposants alambics de cuivre, dont l’un des plus grands au monde. Dans ce coin de la distillerie, les fermentations longues en cuves de bois donnent naissance à des rhums lourds, extrêmement riches et chargés en esters, pouvant atteindre des concentrations aromatiques vertigineuses.
Longtemps restée dans l’ombre en vrac pour l’assemblage de marques tierces, la distillerie a fini par mettre en valeur son propre nom et ses trésors cachés à travers sa marque officielle, Monymusk, lancée en 2012. C’est ce grand écart entre la légèreté de la colonne moderne et la puissance brute des vieux alambics traditionnels qui fait toute la particularité de cette distillerie…Car au final, pour vivre, rien de tel que de produire un alcool léger pour des blend en quantité de sauvage et avec le petit bas de laine, on s’amuse à faire des trucs plus comiques 🙂
N’hésitez pas à aller consulter le très chouette compte rendu que Cyril à fait à ce propos sur le célèbre, légendaire et mythique durhum.com !
En ce qui nous concerne, on va découvrir deux production mises en bouteilles par deux embouteilleurs européens, à savoir le Wu Dram Clan et Precious Liquors avec des propostions en double vieillissement comme souvent.

Clarendon 19yo – Wu Dram Clan
Ce rhum a vieilli pendant 19 ans, dont un long élevage tropical de 14 ans en Jamaïque, avant de poursuivre son affinage en Europe. Embouteillé à un impressionnant 65,9 %, sans coloration et sans filtration à froid bien entendu
Nez
Attention, les 65 % d’alcool fouettent assez bien… c’est du costaud là-dedans, et une grosse aération ne sera vraiment pas de trop pour aider à s’y retrouver.
Passé ce laps de temps, on se retrouve avec un profil plutôt fruité et funky où les fruits tropicaux compotés, légèrement caramélisés s’offrent à nous, avec un voile mentholé qui rafraîchit assez bien l’ensemble.
Le côté synthétique arrive ensuite avec la colle jaune, les hydrocarbures légers suivis assez rapidement d’une olive verte et d’un profil assez marin et saumuré, sans aller jusqu’à le confondre avec un Hampden, bien entendu.
Enfin, le boisé se fait sentir avec une belle torréfaction, un chocolat noir marqué, du tabac et une réglisse qui apporte un côté plus sombre et concentré à la fraîcheur du début.
Bémol pour l’alcool : c’est probablement un brin trop puissant pour moi.
Bouche
Profil vif et assez sombre au final, les fruits passent ici au second plan et ce sont les arômes venant du fût qui seront alors mis en avant avec la réglisse, l’écorce d’orange, le tabac, le chocolat noir amer, le bois brûlé, le cuir et le menthol.
Nos fruits exotiques ont plus de mal à s’échapper de tout cela, même si la banane verte pourrait se rappeler à nous en fin de bouche avec une très légère pointe acidulée.
La finale, sur le massepain cuit, est plutôt sympathique, avec un alcool pêchu mais pas autant que redouté au nez.
Prix
179€
Conclusion
Il faudra aimer les profils puissants et assez sombres pour passer un chouette moment avec ce rhum. Si vous préférez l’équilibre et le fruité, passez votre chemin…. Bref, moi je l’aurais réduit 🙂
Score

Clarendon 2010 14YO Marcus Garvey Precious Drops Exclusive – Jamaica Heroes vol 2
Un vieux rhum jamaïcain de 14 ans d’âge qui a bénéficié de huit années de vieillissement sous climat tropical en Jamaïque, avant de poursuivre son élevage au Royaume-Uni. Mis en bouteille à 57.1% d’alcool.
Nez
Plein de fruits exotiques dont l’ananas en tête, de la mangue poivrée et des agrumes bien juteaux. C’est très frais, fruité et bien typé Jamaïque sans tomber dans l’excès. À l’aveugle, ça passait directement par la case Worthy Park, je pense. 🙂
Ensuite, la colle jaune, la cire d’abeille, le thé noir, la réglisse, quelques traces de cuir et un soupçon de fruits à coque accompagnés d’un voile fumé, d’une pointe de colle forte et de notes légèrement plus boisées, mais cela reste assez discret.
Bouche
Encore une fois, c’est très typé Worthy Park, donc autant vous dire que j’aime assez bien ces fruits du verger accompagnés de notes plus tropicales, d’huiles d’amandes, de cire, de vernis (très léger) et légèrement plus salines sur la fin.
Enfin, le boisé est là, tranquille derrière sans tout bousculer, avec le chocolat au lait, la réglisse, le cuir et quelques notes de feuilles de tabac. L’alcool est vraiment top, ça pulse sans détruire et ça nous offre une belle longueur légèrement plus amère.
Prix
130€
Conclusion
Très sympa rhum de la Jamaïque, qui ne part pas dans tous les sens mais qui assume ses origines… très bon !

