Lors de la conquête de la Jamaïque sur l’Espagne par les anglais en 1855, un certain lieutenant Francis Price reçu pour bons services un petit bout de vallée en Jamaïque, rien que ça. Cette vallée, c’est Lluidas Vale situé dans la paroisse centrale de Sainte-Catherine, loin des plages de sable blanc et des palmiers. Et Worthy Park, c’est d’abord et avant tout une sucrerie à partir de 1720, c’est même une des principales de l’île en fait !

Et qui dit sucrerie, dit mélasse et du coup, il y a souvent une distillerie dans le coin. Un peu à l’image d’une certaine sucrerie/distillerie Caroni… Et il se fait que Worthy Park produit des rhums depuis 1740 et fait donc partie des distilleries les plus vieilles en activité. Sauf qu’en 1962, face à un excédent de production de rhums en Jamaïque, un accord a été formulé avec le « Spirits Pool Association of Jamaica » afin de stopper la production de rhum.

Juqu’en 2004 où la famille Clarcke décide de relancer la machine, de remettre un tout beau et tout nouveau pott still de chez Forsyths, des méthodes modernes et toujours les mélasses de la sucrerie. Un an plus tard, les premiers distillats coulaient de l’alambic en cuivre et une partie est mise en vieillissement en ex fûts de bourbon.

16 ans plus tard, l’équipe de la maison du whisky sélectionne justement un fût de ce millésime et un blogueur belge passionné achète la bouteille et décide de vous pondre un petit article ! C’est officiel, je fais donc partie de l’histoire de Worthy Park, la distillerie secrète la plus connue dans le monde du rhum ! 🥳

Alors pour ceux qui ne connaissent pas Worthy Park, je leurs rétorquerais qu’ils loupent clairement un truc !

Mais comme je suis un gars plutôt sympa, j’ajouterais que gustativement parlant, ils se trouvent brillamment entre Appleton et Hampden/Long Pond pour ce qui est de la typicité Jamaïcaine. A savoir des rhum plutôt lourds et qui peuvent être bien chargés en esters, sans tomber dans les extrêmes.

Pour moi, c’est clairement une des distilleries au plus gros potentiel, qui propose de rhums plus équilibrées, moins extrêmes et à des tarifs normaux. Suivez mon regards 🙂

Issu donc d’une distillation de 2005, ce rhum du mark WPL (pour Worthy Park Light j’imagine) titre 53% et est une sélection exclusive LMDW.

Nez

Directement, on retrouve la gourmandise et l’élégance des rhums de chez Worthy Park.

Sur un profil beurré et brioché, les fruits tropicaux sont bien en avant avec la banane, la mangue, les agrumes, abricôts, pêches et de belles notes poivrées et légèrement vanillées.

Le boisé, après 16 ans sous les tropiques est tout à fait équilibré mais présent avec des aspects plus chocolatés, cendrés, de réglisse et de tabac.

Enfin, des notes plus résineuses comme la baie de genièvre ou autre ainsi que du menthol sont à noter et apporte une belle fraicheur.

En fait, ce rhum est plutôt bien équilibré, tout semble fondu et ne faire qu’un. Très chouette nez, parfumé légèrement en mode Jamaïcain avec une goumandise et un côté « patiné » qu’un Foursquare pourrait offrir.

Bouche

La bouche est chaleureuse et effectivement bien beurrée, comme le nez le laissait présager.

Les fruits prennent un peu le pas sur le boisé, sans que cela ne tourne en une immonde soupe de vieille souche. Non ici le boisé est sur un profil relativement gourmand et pas assaichant. J’aime assez bien ce genre de rhum « chaleureux » je dirais.

Mais on retrouve clairement de l’ananas flambé, de la banane et une mangue poivrée sur un lit plus caramélisé et vanillé.

La finale tire nettement plus sur le boisé avec le chocolat noir amère, quelques traces plus fumées et saumurées ainsi qu’une légère pointe de réglisse…Pour un alcool totalement intégré.

Prix

132€

Conclusion

Hé bien, très belle découverte et je suis bien content de cet achat effectué totalement à l’aveugle. Comme souvent avec Worthy Park, nous sommes face à un produit très bien construit, équilibré mais typé Jamaïque tout de même.

Et ce prix… Mais bon sang que ça fait plaisir de voir un rhum Jamaïcain de 16 ans full tropical à ce tarif, un peu comme le dernier Long Pond 19 ans du salon du rhum.

C’est donc officiel, c’est apparemment les 3-4 première années qui coûtent le plus cher dans l’élaboration d’un vieux rhum 🙂

Score

89/100

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