Article interview pour ce soir, et ce sera Morgan Ricci (avec son franc-parler) des rhums Famille Ricci qui s’y colle ! Marque relativement récente dans le milieux, cette dernière ne manque pas de faire parler d’elle et donc j’ai été gratter quelques réponses directement à la source… Bonne lecture !

Salut Morgan, peux tu te présenter rapidement ? Tu es relativement « nouveau » dans le paysage rhum, mais j’ai cru lire que tu avais une certaine expérience avant de te lancer.

Je suis Morgan fondateur de la maison Famille Ricci, passionné depuis mes débuts professionnels par l’univers des vins , champagnes et spiritueux. Etant de nature créative, j’ai fondé cette société familiale en 2019 afin de me mettre à l’œuvre et ainsi créé des spiritueux qui me ressemblent.

Avant de me lancer, j’ai travaillé pendant longtemps pour des maisons de vins et champagnes puis de cognac et enfin j’ai eu une cave. Là où j’ai découvert, de façon plus approfondi, toute la palette qu’il existait sur les différents spiritueux et notamment le rhum.

Avant de lancer la société d’embouteillage en 2019, j’ai passé 4 ans à me former:

  • en visitant un grand nombre de distilleries
  • en goûtant des milliers de spiritueux
  • en apprenant le savoir-faire auprès de distillateurs et maîtres de chai
  • en prenant de précieux conseils auprès de confrères (notamment Guillaume Ferroni)
  • en me perfectionnant à l’école international des spiritueux sur Cognac
  • en faisant des centaines de test à la maison.

Peux tu présenter la genèse de famille Ricci, pourquoi? Quels étaient les premiers embouteillages et quels étaient les buts recherchés ?

Le souhait principal chez Famille Ricci, c’est l’envie de faire plaisir avec des créations ou des sélections qui nous ressemblent et de partager cette passion avec tout le monde, du petit nouveau au grand connaisseur.

Notre philosophie première c’est l’assemblage. Cet art rempli de magie permet d’obtenir des rhums avec une plus grande complexité aromatique, ce qui pour moi est la plus grande qualité d’un spiritueux.

Lorsque je déguste un rhum, j’aime lorsqu’il évolue et me raconte plein de chose. En plus cela permet de créer et découvrir de nouvelles palettes aromatiques et sortir des sentiers battus.

Toujours dans le but d’emmener nos spiritueux plus loin dans cette complexité aromatique, nous faisons un gros travail sur les vieillissements. Nous aimons travailler aussi bien sur les fûts de chêne neuf que sur les fûts ayant déjà reçu d’autres alcools précédemment, mais également d’autres essences de bois neuf.

C’est tellement enrichissant et passionnant de voir les caractéristiques aromatiques et texturantes que chaque bois peut apporter, c’est sans fin.

Nous avons d’abord sorti nos premiers rhums de notre gamme courante, Dynasty et les 3 rhums Influences . Le but est de proposer aux nouveaux passionnés des rhums de grande qualité, sur des budgets accessibles, mais aussi d’emmener les consommateurs de rhum édulcorés ou trafiqués sur des rhums plus authentiques comme avec Dynasty.

Ce dernier est un rhum plutôt gourmand mais avec une jolie complexité pour 40 degrés seulement qui est le résultat d’un travail de selection, d’assemblage puis de vieillissement dans des fûts ayant contenu du pineau des charente ou encore du sauterne, ceci afin d’amener cette gourmandise sans avoir recours à l’ajout de sucre ou d’ arômes artificiels…

Votre gamme est plutôt impressionnante pour un si jeune embouteilleur, peux tu nous la présenter rapidement?

Nous avons une gamme courante qui comporte 8 rhums , le dynasty et les 3 influences précédemment cités. Mais aussi 4 nouveautés que nous avons rajouté cette année et qui s’adressent plus aux connaisseurs, avec toujours cette philosophie de rhums qualitatifs et complexes à des prix raisonnables. Il s’agit du 7eme Symphonie et des 3 Volt face.

Ensuite cette gamme courante et agrémentée tout au long de l’année par des gammes et cuvées en série limitée.

  • la gamme Hommage où chaque année nous rendons hommage à une personnalité du rhum en nous inspirant de leurs philosophies et de ce qui peut les caractériser. L’année 2021 était un hommage à Ferroni, pour 2022 ça sera Old Brothers et 2023 Chantal Comte.
  • la gamme Alliance où nous créons des cuvées en collaboration avec nos partenaires bars et cavistes. Nous adorons ce concept car ca permet d’échanger sur les goûts de chacun, de faire une cuvée à leurs images avec notre savoir-faire, mais surtout faire plaisir.
  • la gamme exception que nous avons développé pour rappeler que notre premier travail c’est la sélection. Avec nos blends, les passionnés ont tendance à oublier cette facette chez nous.
  • la gamme Ovni qui est l’assemblage de rhums d’exceptions où nous osons marier des rhums dit « intouchables » pour des résultats fantastiques.
  • Enfin, la gamme Quintessence où chaque année nous créons un mega assemblage de l’ensemble de nos sélections de l’année, c’est notre cuvée la plus compliqué à réaliser et qui demande la plus grande attention de notre part tout au long de l’année.

Famille Ricci est assez connu pour ses blends atypiques entre autre, la série ovni. Peux tu nous expliquer ce qu’il se passe dans le tête de quelqu’un quand il décide d’assembler du Bielle avec du Caroni ? 🙂

C’est une très bonne question !

Ce qu’il faut savoir c’est que chez Famille Ricci nous n’avons aucun apriori. Lorsqu’on en a, cela nous ferme à des découvertes étonnantes et nous font passer parfois à cotés de choses magiques.

Je comprend la réaction de certain puristes qui trouvent que je manque de respect à certaines distilleries lorsque je marie ces monuments, mais il faut comprendre que ma priorité c’est que le jus final soit exceptionnel et si je dois marier des intouchables pour cela, je ne me gênerai jamais, car la priorité c’est le goût.

Je mets d’ailleurs le travail des distilleries en avant pour mes cuvées single cask, mais pour la partie assemblage c’est mon savoir faire, ma créativité et surtout mon plus grand plaisir.

Apres les gens ont tendance à oublier qu’à la base le caroni était utilisé comme tel pour doper d’autres rhums. Pour ce qui est du mariage avec le Bielle, qui est une de mes distilleries préférée notamment pour leur constance, c’est le hasard qui ma emmené sur cette création.

Lorsque je goûtais mes barriques pour vérifier si tout se passait bien au cours du vieillissement, j’ai dégusté le Bielle juste après le Caroni et le goût qui m’est resté en bouche m’a tout simplement mis dans les étoiles.

C’était dès lors une évidence aromatique de les marier ensemble.

Dans le même ordre d’idée, peux tu nous expliquer le quintessence? Je n’ai jamais dégusté, mais la première fois que j’en ai entendu parler, je me suis vraiment demandé pourquoi faire cela.

Comme dit plus haut la cuvée Quintessence est un assemblage de l’ensemble de nos sélection de l’année et il est vrai que lorsque je l’ai sorti il y a eu beaucoup de questionnements de la part des amateurs.

La vérité c’est que c’est un assemblage d’une grande complexité qui est réalisé tout au long de l’année.

Tout d’abord nous réalisons un assemblage avec nos trois premières sélections, ensuite à chaque arrivée dans le chai, la première chose qu’on effectue est de retirer ce qu’on a besoin pour Quintessence.

On commence par goûter l’assemblage en cours puis nous dégustons la nouvelle sélection et nous nous projetons sur le futur mariage.

Suite à cela nous effectuons plusieurs test d’assemblage pour trouver le point d’équilibre et ensuite nous soutirons ce qu’on à besoin. Ainsi de suite après chaque arrivée de nouveaux fûts.

Mais ca ne s’arrête pas là, il y a également un gros travail de brassage et oxygénation tout au long de l’année afin que tout se marie et s’homogénéise parfaitement.

Il ne faut pas s’attendre à retrouver l’ensemble des distilleries car on pourrait etre déçu , il faut le prendre comme un rhum nouveau et laisser venir les multitudes de baffes aromatique que cette cuvée nous procure.

Le maître mot, c’est complexité et équilibre. Chaque cuvée quintessence sera différentes car chaque année les sélections changent.

Pour ceux qui ont été effrayé l’année dernière avec ce méga Blend de 17 sélections, accrochez vous car cette année on est sur une base qui frôle la cinquantaine .

Et ceux qui se disent que c’est n’importe quoi, il faut simplement se rappeler que l’assemblage est la base de tout, y compris des distilleries qui vont assembler des centaines de barriques avec des rhums aux profils bien différent pour créer des cuvées à plusieurs milliers de bouteilles.

Alors pourquoi cela serait différent pour moi ? C’est le meme principe sauf que moi j’assemble des rhums de distilleries différentes.

Votre gamme exception de cette année a assez bien fait parler d’elle, surtout pour les annonces de vieillissement en grande partie tropicale. Peux tu nous éclairer sur le sujet ? Hampden 26 ans sur place, uitvlugt 26 ans aussi ou encore un tdl de 24 ans sur place… 

Je trouve qu’on donne une trop grande importance à la notion de vieillissement tropical ou continental sur des rhums aussi vieux, ce que je comprend bien mieux pour les rhums jeunes.

Les caractéristiques aromatiques et texturantes contenues dans le bois des barriques ne varient pas selon qu’elles soient stockées en tropical ou en continental. Ce qui change, c’est les échanges entre les barriques et le jus à l’intérieur.

Nous savons que le climat tropical rend ces échanges plus rapides, donc si on prend deux jus identiques mis dans deux barriques identiques, il est certain que nous ressentiront plus d’élément venant de la barrique dans le rhum de celui qui a vieillit en tropical sur les jeunes années.

Mais plus le vieillissement est long, moins cela sera vrai car les ressources de la barriques ne sont pas infinies et au bout de 15 ans en tropical elle aura tout donné.

En climat continental, la barrique donnera encore au bout de 25 ans jusqu’à ce que les ressources soient épuisées pour elle aussi. Donc au final sur des rhums extrêmement vieux l’impact du tropical et du continental s’équilibre.

J’ai entendu dire que le Hampden ne ressemblait pas aux vieux Hampden tropicaux, mais ce n’est pas à cause du climat mais du marks de mon Hampden qui n’est pas le même que les full tropicaux auxquels il a été comparé.

Ensuite sur la couleur, certains pensent que si il est clair, c’est qu’il n’a pu être vieillit en tropical, mais encore une fois cela n’a rien avoir. Il suffit d’aller travailler dans n’importe quel chai de vieillissement pour s’en rendre compte.

Si le bois de la barrique est pauvre en agent colorant de base, tu peux faire vieillir 50 ans sous 80 degrés tu n’auras toujours pas un jus foncé. De plus, nous sommes sur des vieillissements en fût de bourbon et donc si le fût à contenu du bourbon pendant 10 ans, il aura donné au bourbon 80% de ces agents colorants.

Plusieurs facteurs extrêmement précis donnent l’explication de pourquoi un jus peut etre clair au bout de 20 ans, lorsque d’autres sont foncés au bout de 5.

Il est pour moi important d’expliquer ces notions afin que les passionnés ne pensent pas des choses fausses lorsqu’ils analysent un spiritueux. Ces notions sont vérifiées chaque jours par tout les maîtres de chai du monde et il est important pour la culture des passionnées de le savoir.

Pour ce qui est de l’âge et des temps de vieillissements de mes sélections, il faut savoir qu’il y a des documents qui retracent la vie d’un jus et que c’est très contrôlés. Nous demandons à voir ces documents avant de valider ces sélections.  

Sur quels marchés êtes vous présent actuellement ? Aurons nous l’occasion de vous voir à Spa ?

Nous sommes présent sur toute la France mais également en Belgique, en Suisse, au Luxembourg, au Liban, à Singapour, à Andorre ainsi que sur toute les Antilles Française grâce à nos différents importateurs que je remercie d’ailleurs pour l’intérêt qu’ils portent à nos rhums. Nous serons Egalement bientôt disponible en Allemagne et en Italie.

Je serai effectivement à Spa sur le stand de notre distributeur Cinoco où j’aurai le plaisir de vous faire partager mes cuvées et vous expliquer en détails la philosophie de chacune d’elles .  

Comment vois tu actuellement le monde du rhum et son évolution ? Où te vois tu dans 5 ans par exemple ?

Il y a du positif et du négatif . Le positif c’est que le premium est de plus en plus qualitatif et la recherche et développement de chaque producteur monte le niveau et amène de la nouveauté. Et pour les curieux comme moi c’est génial.

Je pense que le rhum va continuer à gagner ses lettres de noblesses et va se pérenniser au même titre que le whisky, contrairement aux alcools type Gin qui sont plus, je pense, un effet de mode.

Pour le négatif, c’est la spéculation et ça il faut bien comprendre que le passionnés sont les premiers acteurs de ce phénomène, alors qu’ils sont les premiers à râler sur les conséquences.

Il faut savoir une chose, lorsque les distilleries voient des bouteilles qui prennent 3 fois la valeurs au second marché, ils se disent qu’ils peuvent naturellement augmenter leurs prix .

Et en tant qu’embouteilleur on est aussi touché, car certaines barriques ont subi des augmentations de plus de 70% en seulement 2 ans, ce qui nous oblige aussi à augmenter nos prix.

Pour moi c’est énormément frustrant et je sais que pour d’autres confrères également car on aimerait que nos cuvées soient bues et partagées, mais au lieu de cela, elles restent au chaud dans des armoires en attendant d’être revendues encore plus chère.

Sinon, à titre personnel, dans 5 ans nous aurons surement bien évolué car je suis un amoureux de tout les spiritueux et j’aimerai répéter ma philosophie sur d’autres univers.

Enfin, avec mon frère Estéban, nous réfléchissons à un projet de distillerie pour distiller notre rhums et pallier à l’idée que, peut-etre, un jour les distilleries vont fermer les vannes auprès des embouteilleurs, comme ca commence à être le cas dans le whisky.

Dans notre idéal nous aimerions avoir notre distillerie tout en gardons notre coté embouteilleur indépendant pour continuer à faire rayonner les distilleries du monde entier car pour moi dans l’esprit nous sommes pas concurents mais confrères.

La situation actuelle est plutôt compliquée, as tu de ton côté beaucoup de soucis d’approvisionnement aussi ? 

Oui malheureusement, comme tout mes confrères nous sommes touchés. Que se soit sur les bouteilles , les bouchons ou encore les étuis ou les étiquettes c’est la galère partout.

Les délais peuvent atteindre 8 mois pour certaines matières premières, ce qui nous empêche de nous développer et de répondre à la forte demande. Les jus sont prêts à être mis en bouteilles, on a quadruplé nos productions mais on ne peut pas les envoyer car il manque toujours quelque chose, c’est frustrant et usant car on passe bientôt plus de temps à régler ces problèmes qu’à gérer tout le reste de notre travail.

Sans parler des prix qui ont explosés …

Personnellement, quels sont les rhums qui te font vibrer ? Quels sont les références de confrères où tu te dis « je veux faire un truc comme ça un jour » ?

Ce sont les rhums à émotions ceux qui évoluent et qui nous racontent toutes les 5 minutes une autre histoire, j’aime les rhums racés et à forte identité, mais j’aime encore plus les assembler .

J’ai énormément aimé des choses de mes confrères, que ce soit des embouteilleurs indépendant ou des distilleries. On a de la chance d’avoir dans ce milieu autant de personnes qui ont du talents.

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