Some kind Ov Angostura

Quand on évoque le monde du rhum et qu’on prononce le nom de l’île de Trinidad, un réflexe bien geek s’empare immédiatement de l’amateur de spiritueux. Un mot résonne en écho, entouré d’une aura presque mystique : Caroni. Depuis la fermeture de cette distillerie d’État en 2003, la « hype » qui entoure ses jus lourds, goudronnés et indomptables a atteint des sommets stratosphériques. Trinidad est ainsi devenue, dans l’imaginaire collectif des rum geeks, l’île d’un fantôme que l’on s’arrache (s’arrachait?) à prix d’or dans les salles de vente.

Pourtant, résumer Trinidad à son cimetière industriel serait une monumentale erreur de jugement. Car l’île abrite un titan bien vivant, un survivant qui porte haut et fort le flambeau du savoir-faire trinidadien : la distillerie TDL (Trinidad Distillers Limited), mondialement connue sous le nom de sa marque iconique, Angostura.

Pour le grand public, Angostura évoque instantanément cette petite bouteille de bitters à l’étiquette trop grande qui trône derrière tous les comptoirs de la planète. Mais pour l’amateur, TDL est une cathédrale de la distillation. Contrairement à d’autres bastions de tradition britannique qui ne jurent que par les alambics pot still, TDL a fait le choix de pousser l’art de la distillation en multi-colonnes.

La distillerie est capable de jongler entre des distillats très légers et des profils nettement plus lourds et aromatiques. Élevés intégralement sous le climat tropical de l’île en ex-fûts de bourbon, les rhums Angostura développent une signature d’une grande cohérence : une patine gourmande, une rondeur assumée, et un profil marqué par la vanille, le caramel au beurre, la banane cuite et les épices douces.

Pour plus de détails, je vous invite à aller voir les deux beaux articles de notre copain de chez Rum Wonk: ici et ici.

Si certains puristes boudent parfois les embouteillages officiels à cause d’une réduction souvent calibrée à 40 %, se pencher sérieusement sur la gamme d’Angostura reste un passage obligé pour comprendre l’identité de l’île. C’est précisément l’objet de cette dégustation en quatre étapes, qui propose une véritable montée en puissance, de la gourmandise accessible jusqu’aux flacons de prestige.

Et surtout, c’est un véritable voyage dans le temps pour votre humble blogeur, vu que ma première rencontre sérieuse avec un rhum etait justement le fameux Angostura 1919, époque « bouteille carrée » (pas la Zepol hein).

L’Angostura 1919 rend hommage à un événement marquant de l’histoire du rhum à Trinidad : après l’incendie d’un entrepôt en 1932, des fûts datant de 1919 furent retrouvés intactes. Ce rhum hors d’âge est un assemblage de rhums de mélasse vieillis au minimum 8 ans en fûts de bourbon américains.

Nez

Assez gourmand, porté sur la vanille, le caramel et une grosse corbeille de fruits tropicaux comme la mangue ou encore la banane flambée avec aussi des fruits du verger comme la pomme rouge, en tarte tatin.

Un léger côté plus médicinal avec quelques notes de menthol vient rafraichir ce rhum. Ensuite, des notes plus toastées, grillées et chocolatées viennent terminer ce nez assez « simple » avec une pointe de réglisse, mais assez complexe que pour être dégusté seul je pense.

Bouche

La bouche est très douce et nous laisse directement une belle gourmandise avec ce caramel beurre/salé melé à des notes de vanille bourbon auxquels les fruits exotiques légèrement acidulés viennent se joindre.

Le boisé arrive ensuite sous forme assez toastée encore, avec une belle réglisse, du chocolat au lait et du bois fumé pour nous laisser une finale étrangement assez soutenue, en regard des 40% d’alcool.

Prix

+-45€

Conclusion

Très chouette porte d’entrée dans l’univers d’Angostura, cette Grand Reserve peut tout à fait se déguster pure en fin de repas pour un moment qualitatif et doux.

Je comprends mieux pourquoi il me plaisait tant à l’époque 🙂

Score



L’Angostura 1824 porte le nom de l’année de fondation de la maison. Ce rhum de 12 ans d’âge est le joyau de la gamme, vieilli dans des fûts de bourbon américain sélectionnés. L’assemblage a remporté de nombreuses médailles d’or internationales.

Nez

Le nez me rappelle déjà plus les TDL du début des années 2000 comme par exemple le Trinidad 2003 de Planteray. On y retrouve en effet ces fruits bien exotiques, mêlés à des grains de cassis et une fraicheur toute mentholée… C’est vraiment très agréable et terriblement bien foutu.

Ensuite, grosse vanille bien grasse, un côté bien brioché accompagné de ce bois toasté, voir grillé que l’on pouvait déjà retrouver dans les 1919.

Bouche

En bouche, c’est par contre plus plat que la version plus jeune, on y retrouve toujours assez bien les arômes détectés au nez mais malheureusement tout cela se retrouve de façon assez timide en bouche je dirais.

Donc fruits exotiques, menthol, fruits rouges, vanille, réglisse, caramel, chocolat au lait, raisins secs, poires cuite… mais assez effacés comme expliqué plus haut.

La finale est assez courte et nous offre un chocolat noir amer intense et des notes grillées.

Prix

+-65€

Conclusion

Une version qui aurait probablement mérité quelques degrés de plus afin qu’elle offre plus en bouche… mais ça n’en reste pas moins un produit très qualitatif, dommage pour le caractèe un peu mou en bouche.

Score



L’Angostura 1787 est un rhum de Trinidad & Tobago vieilli 15 ans en fûts de chêne brûlés. Inspiré de l’histoire du domaine de Lapeyrou, il allie tradition et savoir-faire.

Nez

Tout comme le 1824, on y retrouve les marqueurs qu’on apprécie tant dans les vieux TDL de nos embouteileurs indépendants, j’espère que cela se concrétisera d’une meilleure façon en bouche !

Fruits tropicaux donc, poires, pommes, fruits rouges, rhubarbe, caramel, vanille avec des notes toastées, grillées où l’on va pouvoir retrouver une belle réglisse, du cuir, du caoutchouc légèrement brûlé et ce bois bien brûlé…. N’y aurait il pas quelques gouttes de Caroni là dedans ? J’ignore de la savoir, mais en tous cas c’est très bien fait !

Bouche

Ha, cette bouche est bien plus grasse et franche que la version 1824 de 12 ans d’âge. On y retrouve une belle mache avec tous les ingrédients retrouvé au nez.

Un beau caramel beurre/salé, de la brioche vanillée, une pointe de réglisse, une grosse corbeille de fruits tropicaux, du cuir, un boisé assumé et très gourmand, le tout avec cette pointe de cassis et de menthol qu’on aime tant retrouver dans nos TDL.

Prix

+-100€

Conclusion

Là, on est clairement dans le très chouette rhum de dégustation… quelques degrés en plus et c’était parfait pour moi. Toute belle réussite !

Score



Cette édition limitée de la Maison Angostura rend hommage à son Maître Distillateur John Georges, qui a consacré plus de 40 ans à la création des rhums de la marque. La version « Employees » d’Angosture quoi 🙂 Elle est élaborée à partir d’un assemblage de rhums prestigieux vieillis, dont un rare rhum de 25 ans et titre un inhabituel 44.7% d’alcool.

Nez

Assez similaire dans l’esprit des précédents embouteillages, mais avec ici une dimension nettement plus concentrée et plus grasse, presque plus “sombre”. Dès les premières secondes, le nez s’ouvre sur une magnifique palette de fruits tropicaux particulièrement mûrs et expressifs. La mangue, légèrement poivrée, domine clairement l’ensemble avec un côté à la fois juteux et épicé, rapidement rejointe par la papaye bien sucrée et la banane mûre presque flambée. Derrière cette façade exotique apparaissent progressivement des fruits du verger plus délicats, la poire et quelques zestes d’agrumes confits.

Les grains de cassis apportent encore une fois cette petite touche sombre et légèrement acidulée qui donne beaucoup de relief au profil. Puis le rhum évolue vers quelque chose de plus profond et enveloppant: une vanille généreuse, une réglisse fine et élégante, quelques nuances de caramel brun ainsi qu’un cuir très délicat. Rien n’est brutal ici, tout semble parfaitement fondu. Les notes torréfiées arrivent ensuite passant du café au cacao amer pour terminer sur un bois toasté légèrement fumé.

Bouche

La bouche est ample et particulièrement grasse, presque huileuse. L’attaque dévoile d’abord une belle richesse sur la réglisse, le sucre brun légèrement brûlé et un caramel mou, avant qu’une véritable corbeille de fruits tropicaux ne vienne illuminer l’ensemble. On y retrouve de la mangue bien mûre, de l’ananas rôti, quelques touches de papaye et de banane flambée, rapidement rejointes par une fraîcheur plus vive portée par les agrumes confits et les grains de cassis.

Le profil gagne ensuite en profondeur avec une belle montée mentholée qui apporte du relief sans jamais casser la gourmandise générale. Le boisé, assez présent, se montre intensément toasté avec des notes de chêne brûlé, de café torréfié et de moka, tandis que la vanille et le chocolat noir viennent arrondir les angles avec beaucoup d’élégance. Les épices prennent progressivement le relais: poivre noir, muscade, cannelle et une pointe de girofle se retrouvent dans une finale longue, chaleureuse, où persistent encore longtemps des notes de cacao amer, de tabac blond et de mélasse épicée.

Prix

+-120€

Conclusion

Quelle belle découverte que ce « Tribute », qui allie grand plaisir de dégustation complexité et force… Vraiment une très belle réussite, je suis fan !

Score



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