Hampden 1983-1989

Hampden 1983-1989

16 septembre 2019 2 By Roger

Lors de mon article sur un Hampden de 35 ans, je terminais avec la conclusion que plus ces spiritueux étaient vieux, meilleurs ils étaient… En effet, pour moi seul le temps réussi à dompter ces alcools hypers excentriques et à les rendre accessibles gustativement. Que ce soit en Europe ou ailleurs.

Du coup, quand je suis tombé sur des photos de sample de Hampden 1983 et Hampden 1989 de chez Plantation, j’ai été très curieux d’en savoir plus.

Premier étonnement, la couleur très foncée… Du coup, première suspicion interrogation, ces jus auraient ils été saucés comme cela peut arriver de temps en temps ?

Réponse formelle d’un collaborateur de chez Plantation, non, cela vient tout simplement du vieillissement en Jamaïque…. en Jamaïque ??? 34 ans ??

Du coup, deuxième interrogation car Hampden n’a pas de si vieux stock dans leurs chais, et donc c’est pour le moins étonnant comme annonce…

En fait, c’est assez simple et la réponse se trouve dans le fait que ces fûts étaient stockés chez Wray And Nephew (scoop apparu sur la page Facebook du blog, fierté) qui achète des fûts d’un peu partout sur l’île afin de confectionner ses blends… Cette distillerie faisant partie d’un grand groupe, les fûts qui n’intéressaient pas spécialement son maître de chais ont donc été mis en vente, dont ceux ci.

Voila pour la petite histoire… Dans tous les cas, c’est très chouette pour les fanas de rhums, car avoir la possibilité de déguster de si vieux rhums vieillis plus de 3 décennies sous le tropiques, ce n’est clairement pas tous les jours que ça arrive !

Avant d’aller plus loin, je me permets de vous signaler que cette note est à prendre pour ce qu’elle est, une note sur un produit non commercialisé et dont plantation ne sait pas encore quoi faire… Ces versions sont bruts de décoffrage, directement soutirées du fût de cognac dans lequel le liquide se trouve pour le moment.

Hampden 1983

Voici la fiche technique et les commentaires fournis par Plantation:

34 ans en fût de Bourbon + 1 an en fût de Cognac.

Substances volatiles : 3259 g/hL AP Alcools supérieurs : 2204 g/hL AP Esters : 818 g/hL AP

Obscuration : 0.73. La valeur est faible et vaut pour l’extraction du bois uniquement, et pour celui-ci on a carrément des dépôts de bois brûlé en suspension dans le rhum (influence alors beaucoup la densité). On peut donc considérer que 0.7 est le max que peut donner le fût seul (de Bourbon chêne américain, en conditions tropicales ; ce qui pourrait être différent avec autre bois et autre climat). En effet, 35 ans de vieillissement, on voit rarement plus. Au-delà de 0.7, on peut donc considérer qu’il y a soit ajout de caramel, soit sucre (soit ajout de choses bien moins naturelles comme le glycérol, si on ne détecte pas de sucre à l’analyse…)

Couleur

Sombre, tend limite vers le noir… c’est vraiment étonnant

Nez

Ça part un peu dans tous les sens avec une grosse dominance sur le boisé.

On y retrouve pêle-mêle de la mokatine, du fruit rouge et son acidité, de la banane, de l’huile d’olive, de la noisette et du chocolat noir.

Avec le temps, un côté sous bois apparaît avec des arômes de champignons, d’écorce de bois, de mousse, des feuilles mortes entre autre.

Chose assez étonnante, ça sent clairement le brûlé, la caoutchouc, le vieux pneus resté longtemps au soleil (oui, j’adore renifler les pneus sur les parkings après mes courses).

La sauce anglaise, soja avec un côté salin et riche ainsi que le vinaigre balsamique est également de la partie.

Ça reste “funky” mais bien boisé aussi…. la pièce est littéralement embaumée dès l’ouverture du sample !

L’alcool est plutôt discret pour les plus de 70% annoncés…

Bouche

Rêche, astringente avec un énorme boisé qui remplit directement la bouche… c’est très hard, rude et pas très sexy.

C’est encore très fumé, brûlé, caramélisé, torréfié, caoutchouté …à croire que le fût aura été abondamment badigeonné d’une sorte de caramel brûlé ou autre.

Les fruits rouges restent et apportent un peu de légèreté, le chocolat noir amère est vraiment présent ainsi que l’ananas et l’olive .

L’alcool tabasse bien entendu, ce n’est pas terriblement équilibré mais ça reste du brut de chez brut sans aucun travail dessus pour le moment.

Prix

Non commercialisé

Conclusion

Rude, c’est le mot… c’est très intéressant, mais nous sommes clairement sur un produit qui pour moi n’est pas commercialisable en l’état. Pour le moment c’est du jus de bois au fruits rouges (en gros) et bien trop fort en alcool…

Le truc est que je ne comprend pas pourquoi le remettre encore en fût, comme si il n’était pas assez boisé 🙂

[EDIT] il s’agit de fûts roux , qui ne donnent donc plus rien au niveau de l’extraction, mais qui au contraire permettraient d’atténuer les boisés trop prononcés. Merci Alan 😉 [/EDIT]

A voir ce qu’il feront avec mais je suis curieux de voir le résultat.

Par contre, Hampden ?? Je ne reconnais pas trop la distillerie… mes mauvais compagnons de soirée seront restés sur un lien limite demerara avec ce côté caoutchouc… de mon côté j’y retrouve un aspect funky, jamaïcain, mais pas trop Hampden en fait..

Note

wtf/100

Quand je dis que c’est dark…. 🙂

Hampden 1989

Voici la fiche technique et les commentaires fournis par Plantation:

28 ans en fût de Bourbon + 1 an en fût de Cognac.

Substances volatiles : 3098 g/hL AP Alcools supérieurs : 1886 g/hL AP Esters : 938 g/hL AP

Obscuration (degré réel – degré apparent (différence liée à l’extraction seule du bois)) : seulement 0.49

Couleur

Légèrement plus claire que le 1983 mais toujours aussi impressionnant d’obscurité.

Nez

Les traces de fruits rouges sont nettement moins présentes et le bois prend presque toute la place.

Les cendres, le fumé, le bois, le gros chocolat noir amère sont les premiers arômes qui arrivent et couvrent presque tout.

En y ajoutant une goûte d’eau, un aspect très whisky en fût de sherry est présent… c’est vraiment étonnant !

Le café ristretto est encore une fois de la partie ainsi qu’un bon paquet d’épices… encore une fois, je ne retrouve pas trop Hampden même si la Jamaïque est présente avec toujours un côté funky…mais bien boisé.

Bouche

Bien plus piquante que le ’83, l’alcool semble bien moins intégré et le tout n’est pas très sexy en bouche.

Encore une fois, le bois, le cramé, les cendres et un côté très “sous bois” est de la partie.

La finale est interminable, sur un très grosse amertume… mon mot de la fin pour ce 1989 aura été:

C’est très long mais pas fort bon“… ce qui est plutôt dommage en fait, je préfère l’inverse 🙂

Prix

Non commercialisé

Conclusion

Que dire, ce 1989 est vraiment bien trop boisé par rapport à son plus vieux frère de 1983… l’amertume d’un vieux morceau de bois humide est bien trop présente et peu sexy.

Comme entendu lors d’un autre dégustation par une amie, “On a l’impression de sucer une palette de bois… une belle grosse euro palette“, je trouve que cette citation a clairement sa place ici 🙂

Note

wtf/100


Conclusion

Bon, je ne suis pas très tendre mais il s’agit de produits non encore commercialisés et dont l’embouteilleur ne sait pas encore ce qu’il fera… il s’agit d’un rhum hyper boisé et très haut en alcool…

J’imagine qu’une grosse aération ainsi qu’une réduction bien faite devrait rendre le tout bien plus agréable.

J’avais dit que seul le temps pouvait rendre un Hampden agréable… ici le temps l’a peut être un peu tué en fait, à voir comment Plantation va utiliser ces fûts. Ce sera vraiment intéressant à voir et déguster.

Dans tous les cas, je remercie chaleureusement mon contact qui m’aura permis de déguster ces deux étrangetés historiques… ça reste quelque chose d’unique de pouvoir se plonger ainsi dans de si vieux embouteillages !

Énorme merci à toi, je vais partager ce qu’il me reste de ces deux samples afin de faire suivre la chaîne entamé chez Wray and Newphew il y a 30 ans…

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