
Live In Madère
Des destinations passions, on peut dire qu’on en aura déjà parcouru quelques-unes avec des passages remarqués et mémorables, de la Martinique au Royaume-Uni en passant par la Barbade, Guadeloupe ou encore la Charente-Maritime ou la Gascogne… Alors quand les vacances familiales se sont décidées, j’avais en tête d’encore découvrir de nouvelles choses à propos de cette petite passion :)
Dès lors, pour associer balades très nature avec plages/mer en passant par des gens qui font chauffer des trucs dans un alambic, l’idée de Madère est arrivée assez vite. Pas trop loin de notre Belgique, pas trop exagéré niveau budget et les 3 cases du cahier des charges cochées…
Madère, c’est ce petit bout de Portugal posé au beau milieu de l’Atlantique, à environ 1 000 kilomètres de Lisbonne et 600 kilomètres des côtes marocaines. Une île volcanique où les montagnes côtoient l’océan, où les routes tournent dans tous les sens avec plein de tunnels et où les paysages changent parfois complètement en quelques kilomètres. Le tout sous un climat subtropical plutôt sympathique ! Découverte officiellement par les navigateurs portugais au début du XVe siècle, l’île devient rapidement une escale importante sur les routes commerciales de l’époque. Et si aujourd’hui Madère évoque surtout les randonnées, les falaises, les bananes et bien entendu son célèbre vin, son histoire est aussi étroitement liée à un autre produit qui nous intéresse particulièrement : la canne à sucre !
Car oui, avant de faire parler d’elle pour son vin, Madère était surtout connue pour son sucre. Introduite au XVe siècle, la canne y trouve rapidement sa place, au point de faire de l’île un important centre de production et d’exportation vers l’Europe. Une activité particulièrement lucrative à l’époque, mais qui finira par perdre de son importance face à la concurrence d’autres régions productrices, notamment le Brésil. La vigne, déjà présente sur l’île depuis les débuts de la colonisation portugaise, prend alors progressivement le relais. C’est ainsi que le fameux vin de Madère gagne en importance, avec ses méthodes d’élaboration assez particulières, notamment l’utilisation de la chaleur pendant son vieillissement. Petite curiosité au passage, l’alcool de canne a également été utilisé autrefois pour le mutage de certains vins de Madère. Comme quoi, le rhum et le vin ont ici quelques histoires en commun !
Mais cultiver de la canne, de la vigne ou quoi que ce soit d’autre sur une île aussi montagneuse, ce n’est pas forcément une partie de plaisir. Et c’est là qu’interviennent les fameuses levadas, ces petits canaux d’irrigation dont les premiers remontent au XVe siècle. L’idée était assez simple : récupérer l’eau des régions montagneuses et humides, principalement au nord, pour l’acheminer vers les terres agricoles plus sèches et ensoleillées du sud. Le tout grâce à une pente très légère permettant à l’eau de circuler naturellement. Facile à expliquer, nettement moins à construire !
Certains canaux traversent des tunnels creusés dans la roche, d’autres longent des falaises assez vertigineuses. Un travail colossal qui a permis de développer l’agriculture locale et dont les chemins d’entretien sont aujourd’hui devenus de superbes sentiers de randonnée. Bref, quand vous vous baladez le long d’une levada, vous marchez aussi sur une partie de l’histoire agricole de Madère. Et accessoirement, vous avez parfois intérêt à regarder où vous mettez les pieds, il y a vite moyen de bien se casser la figure !
Et aujourd’hui dans tout ça ? Eh bien, la canne à sucre n’a pas disparu, même si les surfaces cultivées sont évidemment bien plus modestes qu’autrefois. On la retrouve notamment du côté de Calheta, Porto da Cruz ou encore Ponta do Sol, où elle sert principalement à produire deux spécialités locales : le mel de cana, un sirop de canne épais très utilisé dans la pâtisserie traditionnelle, et bien entendu le rhum agricole de Madère, obtenu par fermentation puis distillation du jus frais de canne.
De son côté, la vigne continue tranquillement son petit bonhomme de chemin, souvent cultivée sur des terrasses accrochées aux pentes de l’île, pour donner naissance aux différents vins de Madère. Deux cultures qui ont connu des hauts et des bas au fil des siècles, mais qui font toujours partie du patrimoine local comme la fameuse Poncha, version locale du Ti Punch. Et puisque nous sommes sur place, autant en profiter pour aller voir tout cela d’un peu plus près… avec, évidemment, quelques dégustations au programme !
Alors évidemment, je ne vais pas vous faire un cours sur l’île, je n’en ai aucunement les aptitudes, d’ailleurs cette petite introduction vient de pas mal de sources qui le faisaient mieux que moi… l’idée est bien entendu de vous parler de rhum et de distilleries.

Engenhos do Norte
Direction Porto da Cruz, où se trouve l’Engenhos do Norte, l’une des dernières sucreries encore en activité à Madère. Construite en 1927, elle utilise toujours d’impressionnantes machines datant pour certaines du XIXe siècle. Autant dire qu’ici, on ne fait pas vraiment dans la technologie dernier cri, et c’est justement ce qui fait tout le charme de l’endroit, pas loin de La Favorite par exemple, avec un fonctionnement à la vapeur !
Car à Madère, la production de sucre, autrefois surnommé l’or blanc, remonte au XVe siècle. Et si cette activité a largement diminué depuis, l’Engenhos do Norte continue de faire vivre cette tradition en produisant notamment du rhum à partir du jus frais de canne.
La période de production se déroule généralement entre mars et mai, lorsque les machines reprennent du service. Le reste de l’année, il est toujours possible de visiter les installations et de découvrir ce petit morceau d’histoire industrielle. Et bien entendu, la visite peut se terminer par une dégustation à la Casa do Rum, juste à côté.
Et comme on est de petits veinards, on a même eu droit à une très chouette master class où nous avons pu découvrir et déguster 6 rhums venant de leurs productions, le tout avec la charmante compagnie de Carla et ses très intéressantes explications.
Nous sommes partis du Rum North blanc réduit à 40%, très gourmand et assez bien fruité qui accompagne parfaitement une poncha bien gourmande, pour ensuite passer sur la version plus costaude avec ses 60% d’alcool… Très sympa
Ensuite, le classique 3 ans d’âge, très rond et agréable qui fait de très chouettes rhums-coca pour ensuite passer sur le 6 ans et deux single casks plus costauds mais hyper agréables, dont un après un passage en vin de Madère.
Comme souvenirs ? Bah des rhums quoi… Je repars avec un blanc issu uniquement de la colonne n°2 de la distillerie, ainsi qu’un single cask d’un vieux rhum agricole de 6 ans d’âge et mis en bouteille pour les 300 ans du village de Porto Da Cruz !

Engenhos da Calheta
Deuxième “arrêt”, que je mets entre guillemets car la distillerie se trouvait littéralement à 10 minutes de notre logement, la distillerie de Calheta !
Et le truc cool, tout comme chez Norte au final, c’est qu’on peut aussi visiter sans devoir s’annoncer. Un petit tour dans la distillerie étant prévu et balisé, ainsi qu’un musée avec toute l’histoire de l’Engenhos da Calheta.
Et là-bas, on va croiser les vrais appareils de production aussi avec notamment les vieilles colonnes en cuivre, le broyeur et même les matières sèches qui traînent çà et là :)
Très fluide, pas du tout rébarbative pour les personnes moins intéressées, cette visite est vraiment bien foutue.
Bref, une chouette visite, même si je trouve personnellement que la qualité des rhums est un chouia moindre que chez Norte, ce qui ne m’a pas empêché de faire assez bien de poncha avec au final :)
Quelques photos
Et comme on est des gens cools ici, je vous propose une rapide petite galerie des paysages rencontrés sur place :)
Vraiment, c’est une île à découvrir pour plein d’aspects différents, vous y passerez de superbes moments.












































