Aujourd’hui, premier article d’un rhum proposé par l’embouteilleur « Precious Liquors » sur cet humble blog… et pour commencer, ce sera avec un curieux Port Mourant distillé chez Uitvlugt en 1998 et dont ce dernier aura bénéficié d’une finition dans un ex fût de chêne japonais, du Mizunara, ayant contenu avant ça du Caroni 1998 durant 20 longs mois. Oui, ça en fait des choses pour ce Demerara Rum, mais après tout, pourquoi pas hein 🙂
Alors, que savons nous de cet embouteilleur, hormis le fait qu’ils proposent pas mal de références comme nous pouvons le voir sur leur page RumX ? Et bien l’embouteilleur Precious Liquors a été fondée en 2017 par Paweł Morozowicz, entrepreneur polonais actif depuis longtemps dans le commerce de spiritueux rares et qui s’est fait remarquer dans le segment premium du whisky et du rhum.
Le cœur de l’équipe est basé à Varsovie, même si l’entreprise a une activité internationale. Les opérations logistiques passent notamment par Singapour, l’Angleterre et les Pays-Bas, avec des embouteillages réalisés en Écosse.
Leur philosophie semble simple : sélectionner des fûts remarquables et les embouteiller en éditions limitées. Bon, il faut bien reconnaître qu’il est assez rare de voir des embouteilleurs partir à la recherche de fûts « passables » et ne rien en faire 🙂 … mais l’idée souligne malgré tout le principe de sélections réellement « précieuses ».
Et pour revenir à nos moutons, nous allons donc déguster ce Port Mourant 1998, proposé en bouteille de 20 cl sur la dénomination DNC pour « Do not Collect » et réduit à 50%. Sympa comme concept !

Un peu d’histoire…
La plantation Uitvlugt, en Guyane britannique, cultivait à l’origine à la fois du café et de la canne à sucre. Une carte de 1798 mentionne encore la culture du café, mais les données de production montrent que la canne à sucre devient progressivement dominante. En 1829, la production de sucre est déjà très importante alors que celle de café devient marginale, et ce dernier disparaît complètement des récoltes vers 1832.
En 1838, la plantation ne cultive plus que de la canne à sucre. Cette évolution indique que la distillation de rhum n’a vraisemblablement pas commencé avant la fin du XVIIIᵉ siècle.
La distillerie d’Uitvlugt connaît ensuite plusieurs transformations majeures. En 1960, le groupe Booker Group modernise l’installation et y regroupe les outils de production de plusieurs distilleries fermées dans le cadre d’une rationalisation du secteur sucrier et rhumier, comme Port Mourant ou encore Albion.
La propriété passe ensuite sous contrôle du gouvernement guyanais en 1976. Après une reconstruction et une réouverture officielle en 1975, Guyana Distilleries Limited fusionne en 1983 avec Diamond Liquors Limited pour former Demerara Distillers Limited.
La distillerie d’Uitvlugt fonctionne jusqu’en 1999, dernière année de production dont proviennent certains embouteillages indépendants. Après sa fermeture, les alambics et équipements sont transférés à la distillerie Diamond Distillery, où ils sont toujours conservés aujourd’hui, dont ce mythique alambic Port Mourant.
Détail qui a son importance : le ICBU que l’on peut voir sur la photo ci-dessus signifie simplement Ignatius Charles Bourda Uitvlugt, du nom du propriétaire originel du domaine. Attention que dans ce cas-ci, nous ne sommes pas face à un rhum de mark ICBU, mais bien un PM distillé chez Uitvlugt 🙂
Un détail certes un peu pointu, mais typiquement le genre d’information à glisser subtilement dans une conversation au Salon du Rhum… effet geek garanti !
Merci Rumwonk pour la photo du domaine Uitvlugt !

Nez
Le premier nez laisse apparaitre assez vite les marqueurs que la finition aura donné à ce vénérable Port Mourant… clairement, on retrouve la signature Caroni avec les huiles de garage, un voile fumé/grillé, le caramel brûlé et un boisé plutôt gourmand et planquant.
Ensuite, ce premier passage tente à laisser plus de place au PM d’origine avec de belles marques de fruits du verger, de fruits à chaire jaune, du quetsche mêlés à des notes de poivres blanc et de cuir.
Les 50% d’alcool sont plutôt chouettes, on garde le gras et ça reste hyper plaisant…
Je dois dire que jusqu’à présent, l’idée semble tenir la route et le mariage reste équilibré. Bravo, car un PM full continental, cela reste quelque chose d’assez subtil, fin et élégant et le plonger dans un fût dont les douelles doivent être bien imbibées aurait pu prendre le dessus rapidement.
Bouche
Pareil en bouche, le mariage semble assez bien fait avec un Port Mourant au profil assez fruité mais qui se retrouve complété par pas mal de notes de cuir, de cire, de fruits secs, de caramel, de cacao et de fumé.
Dans cette version, aucune impression métallique ou une amertume trop prononcée comme un PM peut avoir de temps en temps. Ce profil est définitivement passé à la trappe 🙂
Dans mon souvenir, on pourrait presque retrouver le côté « sauvage » du célèbre Caroni 12 mais avec plus de fruits du verger… bref, pas trop mal comme image non ?
A l’aveugle, on pourrait penser à quelque chose de légèrement tourbé avec ce cuir qui prend assez bien de place, un peu dans l’esprit du TDL finition Caroni de Swell.
En passant, je pars donc du principe que c’est « normal » avec ce genre de finition et je présente mes excuses publiques à Mika pour lui avoir demandé si il ne s’était pas trompé de fût lors de cette dégustation à Spa. Même si dans cette version, c’est plus subtil.
Prix
+-95€ (20cl)
Conclusion
Sacré Ignatius, c’est foutrement bon cette histoire…. bravo mec ! (uniquement pour la ref’, à mon avis il n’a jamais dégusté de rhum venant de son domaine 🙂
Plus sérieusement, très belle idée que ce mariage entre un PM qui devait être assez vieux, fruité et élégant avec un Caroni bien lourd et un fût qui marque bien. Ca ne le transforme pas en une bête de caoutchouc ou autre jus de bois, mais ça lui apporte un côté gras et bien gourmand qui lui va à merveille.
Bref, je suis plutôt fan de cette petite bouteille…. qui a malheureusement un certain prix pour 20 malheureux centilitres. Après, 26 ans au compteurs, ça coûte toujours, comme la version de LM&V à l’époque.
Score
89/100

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