Bert Bruyneel

Bert Bruyneel

9 septembre 2019 0 By Roger

Aujourd’hui je vous propose une interview de quelqu’un qu’on ne présente plus, mais que je vais tout de même présenter car je fais ce que je veux ici: Bert Bruyneel de chez (R)Asta Morris.

Et cette interview, qu’est ce que j’ai aimé la faire ! Car oui, plutôt que d’envoyer les questions par mail ou téléphone, Bert m’a proposé tout simplement de passer une soirée avec lui.

En bons vivants que nous sommes tous les deux, pas besoin de vous expliquer que celle ci aura été particulièrement sympathique 🙂

Bert me faisant visiter un restaurant et quelques bars d’Antwerpen où nous avons pu découvrir des cocktails de tueurs entre autre.

Tout commence au Bar Burbure où nous dégustons directement le nouveau et délicieux Bielle 2013 de Rasta Morris pour ensuite nous rendre à l’Amitié pour un repas à partager… 6 petits plats à manger tout en causant, hyper conviviale.

L’interview ??? ha oui c’est vrai, on a tout de même un peu de boulot et Bert me propose d’aller au BelRoy’s Bijou pour discuter de tout cela… Là encore, bar de fou avec du Libération 2012 intégral à la carte par exemple !

Je vous laisse ces quelques photos avant de lire la pavé 🙂

Bert, peux tu rapidement nous expliquer comment t’est venu cette passion pour les spiritueux et le whisky en particulier ?

Comment je suis arrivé dans ce monde ? En fait, jusque 1994 je n’avais jamais bu une seule goutte d’alcool…c’est en partie pour ça que ma femme est tombée amoureuse de moi 🙂

A l’époque, un bon ami qui travaillait dans un bar m’a invité à boire un Whisky. Je lui ai rappelé que je ne buvais pas d’alcool mais il a insisté. “Le whisky c’est tout un monde, c’est une culture, il faut que tu essaies !

Donc je me suis retrouvé à déguster un Jack Daniel Single Barrel, et ça a vraiment été le coup de foudre !

Les semaines suivantes, on a commencé à s’acheter des bouteilles pour déguster ensemble et ainsi de suite… on se voyait tous les lundis soirs chez un ou chez l’autre.

A ce moment, j’avais déjà 17 bouteilles et puis nous avons décidé de partir sur Islay en 1998/1999… on avait dégusté un Bowmore, Bruichladdich et Lagavulin et on voulait absolument aller visiter ces distilleries.

Mais ça, c’était l’époque avant internet, donc niveau informations il n’y avait pas grande chose et en arrivant on a vu des distilleries qui s’appelaient Laphroaig, Bunnahabhain et d’autres tout aussi imprononçables.

BenRiach 1975

Là on a tous visité, on a acheté plein de références comme des fous et on a fondé un club lorsque nous étions au bar du Port Charlotte Hotel… la première année nous étions 2, Carlos et moi. On l’a passée à apprendre, juste nous deux et ensuite nous sommes passés à 25 /50 /100 membres. Ce club existe toujours même si je n’y suis plus.

J’y passe encore de temps en temps mais je ne suis plus membre.

En 2004, je deviens membre des MaltManiacs et puis j’ai commencé à sélectionner des fûts pour des tiers, j’écrivais aussi des articles et j’animais des dégustations pour des importateurs…

J’avais déjà un numéro de TVA pour facturer ces articles au moment où j’ai croisé en 2011 un fût de Benriach 1975 qui m’a fait waw. Je me suis dit que je ne pouvais pas le laisser là, du coup j’ai acheté ce fût. Cela était vendu 249€ en boutique… j’étais très stressé mais tout est parti au bout d’une semaine.

C’est ainsi que j’ai commencé les embouteillages et que je suis maintenant négociant indépendant… c’est une belle rencontre.

Tu te voyais 10 ans après avec tous ces embouteillages ?

Quelqu’un m’aurait dit, “regarde ce qu’il va se passer dans 10 ans“, jamais je n’y aurais cru… je l’aurais traité de fou et de stupide 🙂

Rien que le nom Asta Morris était une blague…a refaire, je ne choisis jamais un nom pareil mais là, nous sommes trop connus pour changer 🙂

Quelle est la chose qui à le plus évolué dans le monde des spiritueux selon toi ?

Cela fait 25 ans que je suis dans ce monde et selon moi, la chose qui a le plus changé, c’est quelque part la débrouillardise.

Carlos et moi faisions tout nous même…on a gravi chaque marche, ensemble.

Maintenant il y a des forums, facebook etc etc et quand je vois certaines questions…j’ai envie de répondre: “cherche ! déguste, apprend…

Les gens maintenant, ils hésitent parfois à acheter une bouteille si un blog ne lui a pas donné 90 points…c’est dommage car ça reste le goût d’une personne à un moment. C’est aussi compréhensible, car les prix sont parfois dingues. C’est d’ailleurs pour cela que j’essaie de garder mes prix raisonnables.

Dois je acheter le Talisker ou la Lagavulin...” moi je dis, prends les deux et goûte !

Pour ça, les festivals et les clubs sont une bonne chose. Là on peut gouter pleins de choses sans devoir s’ acheter une bouteille à chaque fois.

Au début on achetait tout à l’aveugle… c’était le trial and error comme on dit en anglais. Tu testes, tu te trompes, tu recommences.

Tu sembles aimer les maturations en fût de Sherry, comment gères tu cela ?

Le plus grand travail a été de sélectionner les bons fûts de Sherry…donc j’en ai acheté chez 8 tonnelleries, un à chaque fois et il y en a 6 des 8 qui ont fini au barbecue 🙂

2 des 8 sont partis dans mon stock pour mettre du whisky et après cela, j’en ai acheté pas mal chez une des deux.

Les différences entre chaque fût est de toute façon très importante et je dois contrôler ça évidemment…car moi je ne veux pas mettre 500 litres de whisky dans un fût qui n’est pas bon. Je met mon nez dans chaque fût de Sherry qui arrivent en Belgique afin de le valider.

Ça dure 10 secondes pour chaque, mais il le faut, c’est bien trop cruciale !

Comment as tu réussi à embouteiller non pas un, ni deux mais bientôt trois Chichibu ? C’est tout de même plus que rare d’avoir autant de fois ce privilège non ?

En fait c’est assez simple, avec le Japon il n’y a qu’une solution, tisser une relation.

Au final, c’est eux qui m’ont proposé en fait… ils savaient que je voulais , j’ai attendu 18 mois et puis on m’a dit, tu peux y aller.

Ichiro et Bert

J’ai choisi mon premier en novembre 2015 pour l’avoir en avril 2016… Après c’est des japonais, ils ne sont pas très extravertis, il faut rester humble, posé et ne surtout pas les presser ou insister.

Pour exemple, lors de mon deuxième passage chez eux et après avoir sélectionné mon deuxième Chichibu, je demande à Ichiro si il y a un fût de “Mizunara peated Chichibu“… et il me répond que oui, il y en a effectivement un.

Je lui ai alors demandé si je pouvais le goûter…en promettant de pas demander après pour l’acheter. Je voulais vraiment juste le déguster.

Il m’a regardé durant 5 secondes…. en silence, après cela il se tourne et prend une bouteille et me verse 2 cl. C’était fabuleux.

Mais si là j’avais dis, je le veux…c’est fini, merci au revoir et je ne revois plus jamais Chichibu.

En tant que collectionneur de Chichibu, que penses tu de la frénésie autour de ces embouteillages et lesquels te font vibrer ?

Tout d’abord, ce qu’ils font c’est top…. la qualité est hyper correcte. Après les prix, est ce qu’un whisky de 7-8 ans d’âges vaut ça…probablement que non.

Mais c’est une question d’offre et de demande… Mais c’est ainsi, c’est la vie.

C’est aussi des chinois, des singapouriens etc…. ils veulent donc ils paient, point. Mais Ichiro les vend à des prix correct, c’est le marché secondaire qui part dans tous les sens.

Quels sont tes préférés ?

Moi de mon côté, j’aime beaucoup le chichibu en fût de bourbon, sans aucun artifice car c’est là qu’on voit la magie Chichibu… tu ne verras probablement pas un Chichibu Asta Morris Beer finish par exemple.

En plus d’Asta Morris, tu as développé ces dernières années une gamme de rhum appelée Rasta Morris, comment est ce arrivé ?

J’étais au Salon du rhum de Spa en tant que touriste… j’avais rendez vous avec un gars pour du whisky, mais tant que j’étais là, je me suis dit que j’allais goûter quelque chose.

Je suis tombé sur un rhum que j’ai particulièrement aimé… l’année d’après j’ai regouté un autre du même embouteilleur, de la même provenance et là, je remarque que ce n’est plus pareil. Je retest un autre et là encore une fois c’est moins bon, il y avait trop de sucre ajouté…

Du coup, je me suis dis que j’allais essayer de faire différent… Pas de sucre, pas de dilution, pas de coloration et pas de filtrage à froid, juste un robinet sur le fût et les bouteilles en dessous.

Pour mes premiers, le Caroni et le Foursquare, ils étaient dans un lot de fûts de Whisky… en ça, Asta Morris m’a bien aidé car sinon, personne ne commence par embouteiller un Caroni bien évidemment !

Quelles sont les nouveautés ?

Alors il y a un Jamaica dont je ne peux donner le nom mais qui provient de la “Vale of Lluidas“… Je pense que personne ne sait d’où ça vient, c’est un vrai secret 🙂

Il y a aussi un Nicaragua et un Bielle 2013 ainsi que d’autres belles choses des îles françaises… Tu verras, ce sera fameux !

L’ atomium et Manneken Pisse

Les nouvelles étiquettes d’Asta morris présentent des endroits célèbres de Bruxelles, fera tu une suite avec d’autres villes belges ?

Je pense que oui…ça change un peu. Mais je veux garder le même layout car on reconnait toujours Asta morris. Un jour un type m’a dit lors d’un salon que mes étiquettes étaient laides et qu’il fallait changer…

Je lui ai demandé de regarder le bar derrière lui et de trouver les Asta Morris, et là il a compris, on reconnait directement mes bouteilles.

Moi je suis fier d’être Belge, je ne suis ni Flamand ni Wallon, je suis Belge… les soucis entre nous il n’y en a pas vraiment au final, c’est politique tout ça.



Ton embouteilleur préféré ?

Gordon & MacPhail

Ta distillerie préféré ?

Bielle et en whisky, BenRiach

Ton blogueur préféré ?

Il y a différents styles… j’aime beaucoup ton style, tu le sais, mais ce sera Joker 🙂

Si tu ne devais choisir qu’une seule bouteille ?

Bowmore 37 ans 1964/2001 fino…. c’est le meilleur whisky jamais embouteillé…

C’est d’ailleurs le seul whisky auquel j’ai donné une note de 99/10.

J’ai mis 99 au cas où je goûte meilleur un jour mais je ne pense vraiment pas que ça arrivera.

Le pire truc que tu ai jamais dégusté ?

haha ! le Edradour 2002/2006 maturation complète en fût de tokay…

C’est du vin sucré hongrois, et c’était absolument diabolique comme truc.

Et je me souviens, à Ophain à Bruxelles, quand on me demandait ce qu’il fallait goûter, j’envoyais les gens chez Signatory tester cela. 🙂

Même le verre était mort… Mais c’est important de déguster des trucs immondes, ça forme aussi le palais.

Boulets liégeois ou carbonades flamandes ?

Hoooo, j’aime les deux hein ! Mais les carbonades c’est chez moi 🙂

Mais je suis convaincu qu’ouvrir un resto avec toutes ces spécialités belges à l’étranger, ça fera un carton tellement c’est bon. Je suis vraiment fan de ces plats “brasserie”… (moi aussi 🙂 )

Veux tu ajouter quelque chose ?

Non non, a a assez parlé, là on va déguster des belles choses Roger…

Et de fait la soirée à continuée, tranquillement avec notamment un cocktail au Mescal qui m’aura vraiment étonné alors que je ne suis pas trop fan de ce spiritueux !

Merci Bert pour cette belle soirée et à bientôt !

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