François Longueteau

François Longueteau

22 juillet 2019 3 By Roger

Les rhums Longueteau, j’aime beaucoup mais bizarrement ils sont assez absents sur ce blog… c’est plutôt “boulversifiant“, je vous l’accorde mais cela devrait bientôt se résoudre avec 2-3 dégustations.

En attendant, je vous propose cette discussion que j’ai eu avec François Longueteau au sujet de cette vénérable maison de gentlemen rummers…

Longueteau est une très vieille maison, pourriez vous nous retracer l’histoire de celle-ci ainsi que ses grands moments ?

Nous sommes effectivement la plus ancienne famille encore en activité et totalement indépendante dans l’univers du rhum agricole.

L’histoire remonte à bientôt 130 ans, lorsque Henri LONGUETEAU récupère le domaine des mains d’un ami notaire qui avait lui même récupéré le domaine à une table de jeu.

Nous fabriquons du rhum agricole depuis 1895, sans discontinue. Les grands moments sont surtout des moments intimes, de partage en famille lorsque l’on se retrouve à déguster certains rhums, il y a souvent des émotions particulières.

Un des tournants de notre histoire est probablement le rachat du Domaine par mon père en 2005, il a eu le courage de prendre beaucoup de décisions fortes et très risquées qui font aujourd’hui la réussite des rhums LONGUETEAU.

Indépendamment d’avoir eu le courage de racheter le Domaine à mon grand père, il a surtout pris la décision la plus importante de notre histoire : devenir totalement autonome en canne à sucre.

Avant 2005, le domaine était réparti de la manière suivante: 60% banane / 40% canne à sucre.

© Rhum Longueteau

Quel est votre rôle dans la distillerie ? Si je ne m’abuse, vous vous partagez certains postes entre votre père, frère et vous même et bien entendu une série de collègues.

Nous sommes une petite distillerie et il est vrai que nous disposons tous de multiple casquettes.

En ce qui me concerne, je suis à la fois de responsable commercial, marketing mais également le maître de chais.

Et effectivement sur la partie production nous l’avons configuré de sorte à ce que mon père, mon frère et moi même maîtrisions l’ensemble de la chaîne.

Mon père sur l’agriculture, mon frère sur la transformation de la canne en rhum, et moi sur les finitions.

Et avec nous sur l’ensemble de la production, une équipe de 20 personnes.

Pour ma part, je ne connais surtout vos rhums qu’à travers vos blancs… Ceux ci sont pour moi Clairement des références entre le 62, Genesis et les différents parcellaires, on touche toujours le mille.
Concernant vos vieux, je viens de me procurer la série harmonie ainsi qu’un single cask 2012 histoire de découvrir cela… Est ce moi qui ai un train de retard ou oui, vous êtes principalement connus pour vos blancs et c’est voulu ?

Oui et non, les Guadeloupéens nous connaissent beaucoup pour nos vieux également, je pense que c’est une question de mise à disposition de certains produits.

Nous avons une toute petite production de rhum vieux, la Guadeloupe reste prioritaire et dispose donc d’un accès privilégié à certaines cuvées comme le 2012 par exemple.

Il est vrai cependant que nous avons une collection de rhums blancs assez large, nous essayons de traiter les différents sujets, la canne, le parcellaire, le brut de colonne, les créations, toujours avec l’objectif d’exprimer au mieux l’aromatique de nos rhums.

Et comme je le disais juste avant, le fait d’être totalement autonome sur notre canne à sucre, et d’avoir mon père dans les champs tous les jours nous donne une véritable expertise sur ce sujet.

La collection HARMONIE est elle assez récente, c’est ma toute première création en tant que maître de chais, je n’étais pas forcément destiné à reprendre cette aspect de la production au départ, mais je suis un épicurien, et j’ai toujours voulu être au plus proche des produits.

Il y a une question d’expérience aussi, quand j’ai rejoins mes parents en 2011, j’ai beaucoup appliqué ce que mon père me demandait de faire, de ce que lui avait également appris son père, et à partir de 2015 j’ai un peu pris mon envol « créatif » et j’ai voulu aller plus loin dans les extractions aromatiques que peux donner tel ou tel fût.

J’aime assembler, créer mais j’aime surtout respecter ce que mon père et mon frère on fait juste avant, je n’ai pas vocation non plus a tout bousculer au niveau aromatique.

Notre but premier est bien de maîtriser et valoriser un style Longueteau, c’est ce que mon collaborateur Lucien MATHIEU et moi même cherchons à préserver au quotidien.

Vous êtes souvent à la pointe avec vos rhums, premier 62% , parcellaires, brut de Colonne, brut de Colonne ambré.. À quand la bio ?

Vaste débat que le BIO, nous ne souhaitons pas faire du BIO pour un aspect commercial, nous pratiquons l’agriculture raisonnée depuis 2005, que je pense nous maîtrisons correctement aujourd’hui.

Le BIO c’est une autre étape, mais pour moi cette étape ne doit pas prendre le pas sur la qualité même de nos produits, et du fameux style Longueteau.

Nous travaillons sur le BIO depuis plusieurs années maintenant, mais nous ne sommes pas d’accord avec l’organisme certificateur qui souhaite nous faire changer de variété de canne à sucre.

Il faudra être donc extrêmement patient.

Concernant vos single cask 2012, question qui fâche un peu … Pourquoi le tarif me paraît si haut ? 230€ chez nous pour un 6 ans, on est pas habitué …

Le prix conseillé est de 180€, mais comme indiqué tout à l’heure ce produit n’avait pas vocation à être diffusé en EUROPE.

© excellencerhum.com

Pour être à 230€ c’est que le produit n’est pas passé par notre circuit de distribution conventionnel.

Mais évidement 180€ reste un montant très élevé, mais comme indiqué juste avant nous disposons de très peu de fût, je pense même que nous devons être la plus petite production de rhum vieux dans Antilles française.

Ce fut ne m’as pas laissé insensible, j’ai voulu faire partager mon expérience, l’émotion que j’ai eu en tombant dessus par hasard, je ne voulais pas le perdre, et je le trouvais somptueux à ce moment là (c’est même un 5ans et demi).

Attendre encore plus longtemps lui aurait donné un autre caractère, je ne voulais pas l’oublier.

Depuis 2015, les rhums Guadeloupe bénéficie d’une igp, qu’est ce que cela signifie ? Pourquoi ne pas avoir adopté une aoc comme la Martinique l’a fait ?

L’IGP, protège la production de l’ensemble des rhums de Guadeloupe, cela nous permet de nous retrouver sur des critères qualitatifs évidement, mais surtout (comme l’AOC) défini l’origine complète d’un produit de la canne jusqu’a la fermeture du bouchon.

La différence principale est le nombre de contrôles, mais les règles sont relativement identiques. Une fois que le cahier des charges est respecté, nous (guadeloupéens) ne souhaitons pas nous enfermer dans un style propre, nous avons la chance d’avoir une île incroyable en terme de terroir et de diversité, c’est ce qui fait notre richesse.

Les hommes, les machines font un travail évident sur le goût mais le principal c’est le terroir, c’est ce que nous mettons en avant en GUADELOUPE.

Vous avez un nouveau projet, les rhums papillon qui fait assez bien parler, pouvez vous nous en dire plus ?
Même partenariat que karukera ou est ce 100% longueteau ?

Nous en sommes au début, j’écris ces ligne Lundi 15 Juillet, et nous avons fait notre avant première, hier Dimanche 14 Juillet. Le public présent à été réceptif aux 2 produits proposés et nous en sommes heureux, mais ce n’est que le début.

© rhum papillon

Nous n’avons pas pour objectif de renouveler des partenariats comme celui fait en 2006 avec Karukera, nous souhaitons notre indépendance totale par rapport à ce type de projet, et PAPILLON est donc une création 100% Longueteau.

Nous souhaitons juste aborder le sujet du rhum agricole de manière différente.

L’ambition sur PAPILLON est assez simple : produire des rhums agricoles accessibles, disponibles au plus grand nombre ( dispo dès la rentrée chez AUCHAN en France) avec un positionnement plus fun, plus moderne.

Je suis fortement entouré sur ce projet par ma jeune collaboratrice Alice GOMBAUD SAINTONGE, que certains ont pu croiser sur le denier Rhum Fest Paris.

Nous débutons avec 2 produits #freespirit et #wildlife, mais les nouveautés vont suivre rapidement dès 2020.

Le monde du rhum évolue assez vite et les amateurs sont de plus en plus pointus dans leur choix, comment voyez-vous l’avenir de ce spiritueux ?

C’est toute l’ambition que nous avons sur LONGUETEAU, nous voulons être au plus proche de nos passionnés, en garantissant la transparence totale sur nos produits.

Nous voulons parler des produits, et de la passion commune que nous avons. Mais malheureusement cela ne représente qu’une toute petite partie à l’échelle mondiale. Pour moi l’amateur de rhum à peu de chance aujourd’hui de se tromper, il fait confiance aux marques qu’il affectionne, n’hésite pas à en découvrir d’autres toujours avec un esprit critique.

La plus grande problématique est le non amateur qui une fois comme ça, va vouloir s’initier en allant dans un supermarché et en achetant une bouteille par hasard, parce qu’elle est graphique, avec un jolie marketing et oubliera de regarder la composition s’il y a du sucre ou non… l’enjeu est ici, faire en sorte d’avoir des règles plus strictes en ce qui concerne les produits entrants (caramel, sucre…) ne pas laisser rentrer en France n’importe quel type de produit, et faire en sorte d’obtenir des harmonisations des règles internationale.

Mais bon….. nous n’y sommes pas encore.

© Rhum Longueteau

La gamme harmonie, pouvez vous nous expliquer pourquoi de pas choisir un mode plus classique pour dénommer vous rhums vieux ? Genre 6/8/10 ans par exemple ?

C’est toute l’ambition de cette collection justement. La création !

Nous avons toujours des codes inconscients : foncé = très vieux, onéreux = qualité,….

Dans cette collection, l’objectif était à la fois de me laisser place à la création ( moi aussi j’ai des codes inconscients ;)) et de faire sauter les barrières que nous nous mettons parfois.

Il ne s’agit pas là pour nous d’un manque de transparence de notre part, bien au contraire.

Nous communiquons sur les batchs, les degré, la quantité par batch, le sytème de filtration … seuls manquent les assemblages, parce que sur les deux vieux (PRELUDE est un ESB) nous travaillons sur l’ensemble de nos fûts allant de 3 ans à 12 ans, ensuite c’est le profil aromatique d’un ou de plusieurs fûts qui fait de nous allons pouvoir les assembler.

Lors du premier batch je n’avais aucune idée de l’âge des rhums que j’assemblais, je me suis toujours concentré sur le goût.

Vous êtes assez présent sur le marché belge et faites une apparition tous les ans au salon du rhum de spa, à quand une cuvée à Roger histoire de fêter ça ? 😁

Nous avons effectivement la chance d’avoir un des partenaires les plus importants en Belgique avec PREMIUM SPIRIT, et notamment en Wallonie grâce à Thierry DEJONGHE qui fait un travail de fond très important.

Nous faisons très peu de cuvées « spécifiques » et lorsque cela arrive, c’est dans le cadre d’un processus assez poussé, nous prenons en compte un nombre considérable de paramètres. (diantre !! raté pour moi donc ! )

Pour SPA, nos rhums y sont présents depuis 2015, je n’ai à titre personnel pas pu y aller l’année dernière à cause de la ROUTE DU RHUM, mais cette fois ci je serais présent à SPA !

Grand merci pour le temps consacré et à bientôt à Spa donc !

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