Le buzz Caroni

Si il y a bien un rhum qui attise les passions ces dernières années, c’est bien celui de l’ancienne distillerie Caroni….En bien ou en mal, tout le monde en parle.

Alors ok… mais Caroni, c’est quoi et pourquoi cela fait il tant de bruit ?

Caroni, en plus d’être une distillerie était surtout une immense sucrerie ayant appartenu à différents groupes pour finir propriété de l’état de Trinidad.

La mélasse issue de la transformation de la canne en sucre était distillée sur place comme cela se faisait partout où il y avait ce genre d’industrie dans les caraïbes entre autre. 


© je sais pas qui, mais c’est pas de moi 🙂

Le soucis est que cette sucrerie n’était pas d’une rentabilité incroyable (voir même un gouffre) et donc l’état de Trinidad décida purement et simplement en 2003 de fermer le tout…

Du coup, plus de sucre, plus de mélasse, plus de rhum !

A notre niveau c’est bien cela qui nous intéresse, mais il ne faut pas oublier que sur place ça a été plus vu comme un bain de sang social qu’autre chose… 

Les rhums Caroni n’étaient presque jamais embouteillés sous leur forme brute en fait. Ils ne servaient pratiquement qu’à des assemblages dont le fameux Navy Rum.

Donc d’un point de vue strictement rhum, cela n’affectionna pas grand monde sur place à l’époque.

En 2003, tout est fermé et les fûts restants sont mis aux enchères… Plusieurs personnes sont intéressées dont Luca Gargano de chez Velier, John Barrett de chez Bristol, les rhums Angostura et tout ce beau monde se partage le butin.

Depuis la distillerie a été détruite et il ne reste que quelques vestiges. Les fûts achetés sont donc les derniers témoignages de cette distillerie.


Caroni en 2017, c’est ça © Johnny Drejer

Voila, de quoi planter le décor pour ceux qui ne savaient pas… j’ai bien entendu fait ça en mode très rapide, la réalité doit être plus complexe que cela mais en gros c’est ça.

Mais alors, pourquoi cette distillerie abandonnée fait elle tant parler ??

Je vais essayer ici d’expliquer le pourquoi de la chose, cela restant bien entendu ma propre vision.


La première chose qui fait bien entendu parler les amateurs de rhum est ce goût très prononcé.

En effet les rhums Caroni sont assez marqués, dans certains cas, d’arômes qui pourraient faire penser à du gasoil ou encore du goudron… Evidemment dit comme ça, cela ne fait pas rêver.

Mais…. c’est dégueulasse ton truc !

Non non non, il faut aller plus loin que ça je pense, ne pas s’arrêter sur une idée préconçue, car ces rhums ont bien plus à offrir. Fruits, mélasse, arômes floraux etc..

Il ne faut pas oublier sa fonction première à la base: constituer un des ingrédients d’une recette. Et ce profil si lourd, si chargé pouvait apporter tant de choses à ces blends.

Donc oui, cela fait parler car certains ne comprennent pas qu’on puisse trouver du plaisir dans ces rhums et d’autres s’obstinent à leur expliquer que c’est incroyable… de quoi alimenter de longs débats au coin d’une table 🙂

Après, si ce n’était que ça, on n’en parlerait pas autant….

La deuxième chose qui passionne autant est la frénésie autour des différents embouteillages qui sortent. Effectivement nous parlons ici d’une distillerie fermée et détruite. Donc à chaque bouteille vendue, c’est une chance de moins d’en avoir une.

Tout le monde parle de plus en plus de ces rhums “si spéciaux et rares” et du coup beaucoup d’amateurs de rhum sont intéressés…. mais pas que.

En effet, certains petits malins ayant flairés le bon filon se disent que si les gens aiment et qu’en plus la distillerie est fermée, autant faire des stocks afin de les revendre bien plus cher le moment venu.

Quand il s’agit d’une vente d’un velier sur un seul site, cela peut ne durer que 20 minutes pour 230 bouteilles… Autant être là au bon moment !

Un single cask Caroni plutôt rare…

A côté de ça, d’autres embouteilleurs proposent bien entendu leurs versions et c’est aussi la “guerre” pour se les procurer, même si cela reste plus simple qu’avec Velier pour le moment.

Ce côté moins prisé vient du fait que seul velier et quelques vieux bristol proposent des caroni vieilli 100% sous les tropiques.

Cela ne veut pas dire meilleurs, juste différents.

A l’heure actuelle, les caroni les plus vieux disponibles dateraient de 1994 pour velier. Pour ce qu’il est des stocks européens, certains 1993 sortent de temps en temps mais cela est plus souvent 1998.

Quelques embouteillages Bristol.

Donc voila simplement d’où vient le Buzz Caroni… le fait que ce soit bon, en voie d’extinction et malheureusement sujet à une belle inflation.

Pour ceux qui ne connaissent pas encore, si je peux vous donner un conseil, ce serait d’essayer de goûter ces caroni via des soirées dégustations, via l’achat de sample ou chez votre caviste.

Les prix ne faisant malheureusement qu’augmenter, cela devient difficile d’acheter à l’aveugle. 

Donc voila, nous risquons d’encore entendre parler de caroni un long moment 😉

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